Feria de la Madeleine 2026 : entre promesses inabouties et éclairs d’histoire au Plumaçon


Madeleine 2026 : une feria entre promesses inabouties et éclairs d’histoire

Il est des férias dont le souvenir traverse les décennies. D’autres s’effacent plus discrètement, laissant derrière elles quelques images fortes, des regrets et une impression diffuse d’inachevé. La Madeleine 2026 appartient sans doute à cette seconde catégorie.

Durant cinq jours, le Plumaçon a accueilli sept spectacles taurins, quarante-deux animaux et plusieurs milliers de spectateurs venus célébrer cette semaine si particulière où Mont-de-Marsan devient, le temps d’une feria, l’une des capitales de la tauromachie. Pourtant, au terme de cette édition, un constat s’impose : si quelques pages d’histoire ont été écrites, elles n’ont pas suffi à masquer une réalité plus préoccupante, celle d’un niveau général du bétail souvent inférieur aux attentes.

Mercredi 22 juillet — Une ouverture sans éclat

Le Plumaçon affichait presque complet. Comme chaque premier jour de feria, les attentes étaient immenses. Les cartels promettaient beaucoup, le public était au rendez-vous et chacun espérait voir s’ouvrir une semaine de grandes émotions.

L’affiche avait fière allure : les toros de Jandilla, auréolés de leurs succès récents à Madrid et Pampelune, face à Borja Jiménez, Andrés Roca Rey et Marco Pérez.

La promesse n’a pourtant jamais dépassé le stade de l’intention.

Très vite, le lot de Jandilla s’est révélé sans relief. Dépourvus de fond, manquant de transmission et de race, les toros ont privé les toreros de la matière indispensable à toute émotion. Les hommes ont tenté de sauver l’après-midi avec professionnalisme, sans jamais pouvoir réellement inverser le cours des choses.

Le jeune Marco Pérez est apparu comme le plus inspiré, construisant face au dernier toro la faena la plus aboutie de la corrida. Borja Jiménez, lui aussi, aurait pu prétendre à un trophée. Mais les épées ont condamné leurs efforts.

Le public quittait les gradins avec cette sensation familière d’une occasion manquée.

Jeudi 23 juillet — Deux visages d’une même passion

La journée de jeudi aura offert un contraste saisissant entre l’enthousiasme de la jeunesse et l’exigence de la corrida torista.

Le matin, la novillada sans picadors a permis au public de découvrir plusieurs jeunes espoirs. Parmi eux, Rubén Vara a marqué les esprits. Fils du matador Sánchez Vara, il a confirmé que le talent pouvait aussi être une affaire d’héritage. Une oreille, une attitude affirmée et une personnalité déjà perceptible : autant de raisons de suivre son évolution avec attention.

L’après-midi, changement complet de décor.

Les Escolar Gil ont présenté un lot superbement armé, imposant et fidèle à la réputation de cet élevage. Des toros parfois rudes, parfois complexes, mais toujours sincères dans leur comportement.

Dans ce contexte exigeant, Dorian Canton a livré la prestation la plus authentique de la semaine. Le Béarnais a convaincu par sa vérité, son engagement et sa capacité à s’imposer face à un adversaire qui ne concédait rien.

La seule oreille de la corrida est venue récompenser une prestation pleine de mérite. Plus révélateur encore, le mayoral d’Escolar Gil fut appelé à saluer en piste, reconnaissance rare qui soulignait la qualité d’un lot ayant permis l’expression du véritable combat entre l’homme et le toro.

Sans être la corrida la plus spectaculaire, elle restera certainement comme la plus sincère.

Vendredi 24 juillet — Quand le courage remplace l’émotion

Pour sa première apparition au Plumaçon, l’élevage de Zacarías Moreno nourrissait de légitimes attentes.

Elles furent rapidement déçues.

Le lot s’est montré irrégulier, sans transmission et souvent dénué de cette mobilité qui donne toute sa dimension au spectacle. Pendant une grande partie de l’après-midi, l’émotion s’est faite rare.

Dans ces circonstances, le mérite revient entièrement aux toreros.

Car rien n’est plus difficile que de construire une faena devant un toro qui refuse de charger avec franchise, qui s’arrête ou qui oblige le matador à inventer chaque passe sans jamais pouvoir trouver de rythme.

Víctor Hernández et Tristan Barroso ont su arracher chacun une oreille grâce à leur engagement et leur détermination. Miguel Ángel Perera, pourtant irréprochable dans son attitude, est resté sans récompense après avoir hérité du lot le moins favorable.

Une corrida où les hommes auront largement dépassé leurs adversaires.

Samedi 25 juillet — Le jour où l’histoire s’est invitée au Plumaçon

S’il ne fallait retenir qu’une seule journée de cette Madeleine 2026, ce serait incontestablement celle-ci.

Le matin, la novillada piquée n’avait pourtant rien d’un triomphe annoncé. Les novillos de José Cruz, sans être totalement dénués d’intérêt, ont globalement manqué de race et de transmission. Les très attendus Emiliano Osornio et Julio Norte n’ont jamais pu pleinement exprimer leurs qualités.

Clovis, lui, a su faire la différence.

À seulement 17 ans, le jeune Nîmois a démontré une maturité étonnante. Sans jamais tricher avec les limites de son lot, il a bâti deux faenas intelligentes, exploitant chaque possibilité offerte par ses adversaires.

Trois oreilles sont venues couronner cette prestation exceptionnelle.

Mais au-delà des trophées, c’est l’Histoire qui s’est écrite lorsque Clovis est devenu le premier torero à franchir la nouvelle Porte Nimeño II, récemment créée par les organisateurs.

Quelques heures plus tard, Daniel Luque allait offrir un second chapitre à cette journée hors norme.

Seul face à six toros issus de six élevages différents, le Sévillan relevait l’un des défis les plus exigeants de la tauromachie contemporaine.

Son encerrona n’a jamais versé dans l’exploit spectaculaire. Elle s’est imposée par l’intelligence, la maîtrise et la capacité d’adaptation permanente.

Le sommet de l’après-midi est venu du remarquable Juan Pedro Domecq, incontestablement le toro de la feria, auquel Luque répondit par une faena d’une remarquable profondeur, récompensée de deux oreilles.

Quelques instants plus tard, la Porte Nimeño II s’ouvrait une seconde fois dans la même journée.

Une première dans l’histoire des arènes du Plumaçon.

Dimanche 26 juillet — Une conclusion sans relief

La feria s’achevait avec un nom capable, à lui seul, de faire vibrer tous les aficionados : Victorino Martín.

La déception fut d’autant plus grande.

Bien présentés mais limités physiquement, les toros ne purent jamais développer cette caste et cette intensité qui ont fait la réputation mondiale de l’élevage. Dès le premier, remplacé pour faiblesse manifeste, le ton était donné.

Morenito de Aranda, Román et Juan de Castilla ont composé avec ce qu’ils avaient devant eux : peu de possibilités et encore moins d’émotion.

Le silence qui accompagna la sortie du public résumait parfaitement cette ultime corrida.

La feria méritait une autre conclusion.

Au-delà des trophées, un véritable sujet de réflexion

Une feria ne se résume jamais à son palmarès.

Les oreilles distribuées, les sorties a hombros ou les ovations ne constituent que la partie visible d’un équilibre infiniment plus complexe.

La véritable question soulevée par cette Madeleine 2026 concerne avant tout le niveau du bétail présenté.

Sur les cinq corridas de toros, seule celle d’Escolar Gil a véritablement répondu aux exigences que mérite une place comme Mont-de-Marsan. Les autres élevages, malgré leur prestige ou leur réputation, ont rarement offert cette combinaison de force, de mobilité, de caste et de transmission indispensable à la naissance des grandes émotions.

Dans ce contexte, les triomphes prennent une valeur particulière.

Dorian Canton a construit son succès sur la vérité du combat. Clovis a transformé un lot discret en journée historique. Daniel Luque a rappelé, lors de son encerrona, pourquoi il figure aujourd’hui parmi les maîtres du toreo contemporain.

Leurs triomphes doivent davantage à leur talent et à leur intelligence qu’aux qualités des toros qui leur furent attribués.

Et c’est peut-être là que réside le principal enseignement de cette Madeleine.

Le talent demeure indispensable, mais il ne peut pleinement s’exprimer que lorsque le sorteo offre au torero un partenaire digne de son art.

Reste enfin cette image que l’on conservera longtemps : celle de la Porte Nimeño II s’ouvrant deux fois dans une même journée. Le matin pour un novillero de dix-sept ans qui entre dans l’histoire du Plumaçon, l’après-midi pour un maestro au sommet de son art.

Deux générations, deux trajectoires, un même symbole.

Au milieu d’une feria parfois frustrante, ces quelques instants auront rappelé pourquoi la tauromachie continue, malgré toutes ses incertitudes, à produire des émotions qu’aucun autre spectacle ne sait offrir.

Le Troisième Tiers

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